Dans un rêve.
Cinq années avant sa rencontre avec le seigneur des fées, le futur professeur s'était éveillé à un étrange pouvoir. Il devint ce qu'il appelait aujourd'hui familièrement un rêvoyageur: un genre de globe-trotter des rêves. Il ne se souvenait pas des circonstances qui l'ont amené à développer ce don, mais depuis, à chaque fois qu'il s'endormait, il s'adonnait au dreamstalking: il entrait et espionnait les rêves des autres.
C'est donc âgé de 9 ans, (lors d'une nuit d'été, plus précisément) qu'Adrien pénétra, au hasard de ses pérégrinations, dans les songes d'Obéron. Enfin, plutôt que de songes, il fallait plutôt parler de non-songes. Ce dernier était un plan de ténèbres qui semblait s'étendre à l'infini. Un froid extrême et un profond silence emplissaient cet endroit, comme si il s'agissait d'un songe inhabité; un songe aussi bien fuit par les rêves que par les cauchemars. Ce vide, cette sensation de néant, était des plus oppressant pour l'enfant qu'était Adrien. Il cherchait au plus vite à s'en sortir, mais la peur l'empêchait de garder son calme et de se concentrer pour quitter cette dimension. Ou peut être qu'autre chose le forçait inconsciemment à rester. Après tout, il était forcément dans le rêve de quelqu'un. Il ne lui était jamais arrivé, jusqu'à présent, de tomber sur des endroits sans aucun propriétaire. Alors Adrien chercha et chercha encore dans cette infinité de désespoir la présence d'un individu.
Et il le trouva.
Un jeune homme emprisonné dans une sphère d'obsidienne. Cette dernière brillait d'une étrange lueur obscure qui arrivait à être mise en valeur en dépit des ténèbres environnants. L'emprisonné(qui avait, à l'époque, les cheveux d'un blond vénitien qui semblaient tout droit sortir d'une peinture de la Renaissance) était recroquevillé en position fœtale dans la sphère. Il ne semblait pas conscient de la présence d'Adrien. Aussi, ce dernier s'approcha de la sphère et la toucha.
Immédiatement, des chaines surgirent littéralement de la prison. Des chaines cloutées. Elle s'entrelacèrent et s'enroulèrent rapidement autour d'Adrien, lui infligeant des douleurs insoutenables. Adrien émit alors un cri semblable à une plainte d'outre-tombe. Un cri à faire trembler les banshees elles-mêmes. Un cri suffisamment strident et puissant pour réduire en cendre les chaines cloutées et briser la sphère d'obsidienne. Un cri suffisant pour sortir(sans le tuer; la sphère avait encaissée la majeure partie des vibrations sonores) le blond vénitien de la torpeur éternelle dans laquelle il semblait être. Mais un cri pas assez puissant pour dissiper les ténèbres de ce songe.
Une fois que les deux êtres avaient repris chacun leurs esprits, les présentations commencèrent.
L'enfant qu'était Adrien se présenta du mieux qu'il pouvait, encore intimidé par l'être qu'il avait en face de lui : une beauté proprement stupéfiante pour un homme. Non. Pour un humain.
Ce que cet homme n'était pas.
En effet, Adrien remarqua ce qui semblait être les vestiges d'une paire d'ailes à son dos. Signe que la personne qu'il avait en face de lui appartenait à une autre race d'humanoïdes. L'humain supposa que les ailes étaient tombées en décrépitude par le passage du temps ou l'absence d'alimentation. Et pourtant, ces ailes dans un triste état n'altéraient en rien l'aura de puissance qui émanait de cet homme.
L'ex détenu se présenta à son tour. Du moins il énonça le peu de choses dont il se souvenait pour l'instant. Sa longue détention ayant créée des verrous psychiques qui l'empêchaient de se souvenir de tout et qui mettraient surement un certain temps avant de se dissiper.
Mais il savait au moins qu'il était le roi des Ombres et des Fées, Obéron. Fils de la fée Morgane et de Jules César. Il était âgé d'un peu plus de deux millénaires et était enfermé dans ce néant éternel depuis trois siècles(Adrien lui avait annoncé l'époque dans laquelle ils étaient). Il ne se souvenait pas des circonstances exactes ayant amené à son emprisonnement, mais il se souvenait clairement d'une chose : sa femme, Titania et son meilleur ami, Robin(qu'il surnommait Puck), avaient été tués à ce moment là.
À suivre...